L’Europe verte

Mobilisation, convictions et revendications de la « génération climat »

Par Guillaume Amigues, Perle Baillard, Fabien Baudelet, Yann Fournier-Passard et Timo Stühm

À l’initiative de la jeune militante suédoise Greta Thunberg, le mouvement « Fridays For Future », qui a vu le jour en août 2018, s’est vite répandu dans de nombreux pays. Mouvement international de collégiens et de lycéens quittant leur établissement chaque vendredi pour participer à des manifestations en faveur de l’action contre le réchauffement climatique, ces grèves pour le climat ont ensuite vite été ralliées par d’autres mouvements de protestation (par exemple, Extinction Rebellion). En Europe, ces manifestations ont réussi à réunir plusieurs millions de participantes et participants, faisant préfigurer ce qui pourrait être une nouvelle identité européenne de la jeunesse autour du climat. 

Mais qu’ont en commun Ana, étudiante Roumaine, Quang, étudiant à Berlin et Rona, avocate de 32 ans basée à Londres ? De quels mouvements se revendiquent-ils ? Quel est leur niveau d’engagement et de mobilisation ? Quelles sont leurs attentes par rapport aux décideurs politiques sur les questions de climat ? Perçoivent-ils l’action comme devant se faire prioritairement au niveau global ou local, de manière individuelle ou collective ? Se considèrent-ils comme des optimistes ou pessimistes par rapport aux changements en cours et aux défis à relever ? 

Le projet ici présent, réalisé dans le cadre du « Dialogue d’avenir franco-allemand 2019 », s’est intéressé à des individus issus de cette « génération climat » et leurs convictions, afin de tenter de dessiner les contours de cette nouvelle identité européenne fortement préoccupée et mobilisée face au défi du changement climatique. 

Pour présenter notre travail, nous avons d’abord conçu une matrice pour que chacun puisse se positionner par rapport au changement qu’il est prêt à mettre en œuvre par rapport à la crise climatique. En répondant à la question « Comment suis-je engagé ? » sur deux échelles (sur le plan collectif/individuel, peu/très engagé), chacun peut se faire son idée de son propre positionnement et le comparer à ceux des personnes interrogées. Ce qui nous a amené à présenter les profils de notre échantillon sous forme d’un jeu de 7 familles. 

Conclusions 

Au regard des douze interviews réalisées dans le cadre de notre projet, les conclusions suivantes peuvent être tirées quant à la nature de cette nouvelle « identité climat » ou « génération climat » en Europe (sans aucune prétention à l’exhaustivité !) : 

  • Le degré d’engagement (ou plutôt de perception de son propre niveau d’engagement) décroît avec l’âge. Ainsi, Rona, 32 ans, privilégie un soutien indirect et financier à la participation directe à des actions de type grève pour le climat. À contrario, Quang, 18 ans, est très engagé au sein de la branche berlinoise de Fridays For Future et coordonne même les rassemblements hebdomadaires ; 
  • Le degré de mobilisation des intéressés ne dépend pas de l’opinion plutôt optimiste ou pessimiste par rapport à la situation actuelle (ni de l’âge ni de l’origine des intéressés d’ailleurs), mais du degré de connaissance de la réalité des faits scientifiques. Ainsi, le passage à l’action semble donc pouvoir se faire quelle que soit la perception de la crise climatique (verre à moitié vide ou à moitié plein) ; 
  • Le niveau d’intervention préconisé (petits gestes du quotidien vs mesures étatiques) est assez équilibré au sein du groupe des personnes interrogées. Il semblerait cependant que les personnes les plus engagées dans les manifestations soient (logiquement) également celles qui demandent davantage et en premier lieu des engagements forts de la part de l’État. Paradoxalement peut-être, ces personnes sont toutefois aussi celles qui, au quotidien, essaient le plus de changer de mode de vie à leur échelle. 


Matrice


Entretiens

Dans le cadre de notre projet, nous avons rencontré Ana Mihaila, David Connolly, Dorothée Bourdeaut, Edwin Vaca, Freya Porsch, Quang Anh Paasch et Rona MacRae dont vous trouverez les entretiens ci-dessous.

Dorothée Bourdeaut

  • 37 ans
  • Kinésithérapeute
  • Française

À quel groupe/mouvement s’engageant dans la lutte contre le changement climatique appartenez-vous ? 
J’ai initié le mouvement des Incroyables comestibles, ramassage des déchets sur la plage – organisation les mains dans le sable (mouvement Breton). Je suis engagée dans l’écologie depuis 10 ans.  

Quel(s) changement(s) visez-vous grâce à votre engagement dans ce mouvement ? 
J’aimerais donner envie aux autres de s’y mettre par mon exemple – des choses qui semblaient absurdes il y a 10 ans sont devenues normales. Ce n’est pas en ramassant une fois les déchets qu’on va tout changer, mais on montre qu’il y a une autre manière de faire les choses.  

Quels autres groupes ou quelles institutions devraient, à votre avis, agir à vos côtés pour parvenir à ce changement ?
 Le changement commence par les particuliers – les entreprises vont ensuite répondre à la demande des individus. Ce serait plus direct si le gouvernement imposait le changement aux entreprises, mais c’est peu probable car les lobbys bloquent. Donc, il faut que ça commence par les individus. C’est Coluche qui disait : « il suffisait que les gens n’en achètent pas pour qu’on n’en produise plus ».  

Quelles méthodes utilisez-vous pour convaincre d’autres personnes/acteurs à agir ou s’engager dans le mouvement ? 
Je m’applique beaucoup à convaincre mes enfants, mais je ne suis pas très active pour pousser mes amis à le faire. Ce n’est pas mon caractère et je pense aussi que ça peut être contre-productif.  

Quels liens avez-vous avec d’autres groupes luttant contre le changement climatique ?  
Via les réseaux sociaux seulement : zero waste France, et des groupes écolos locaux et nationaux.   

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir ?
Je suis très partagée – factuellement non, je pense que ça va être très difficile de continuer de vivre comme on vit aujourd’hui. Mais j’ai une foi en l’humanité qui me pousse à me dire qu’on va trouver des solutions.  

Rona MacRae

  • 32 ans
  • Avocate
  • Ecossaise/ Européenne

À quel groupe/mouvement s’engageant dans la lutte contre le changement climatique appartenez-vous ?

Je suis engagée auprès de deux organisations, Fauna & Flora et Greenpeace, que je soutiens financièrement.  

Quel(s) changement(s) visez-vous grâce à votre engagement dans ce mouvement ?
Je veux que ces groupes puissants (et d’autres) fassent du changement climatique et de la protection de l’environnement des sujets importants dans le domaine politique, pour qu’on agisse rapidement. 

Quels autres groupes ou quelles institutions devraient, à votre avis, agir à vos côtés pour parvenir à ce changement ? 
Le changement doit avoir lieu parallèlement à trois niveaux : 
– Politique : les gouvernements nationaux doivent agir, mais comme le changement climatique est un phénomène global j’espère qu’ils peuvent coordonner leurs activités, par exemple via l’ONU ou l’Union européenne.  
– Les entreprises ont aussi une responsabilité d’agir dans l’intérêt général et de répondre aux nouvelles demandes des consommateurs.  
– Chaque individu doit aussi apporter sa contribution – en changeant ses habitudes de consommation et en faisant pression sur leurs élus pour qu’ils agissent.  
Il y a un cercle vertueux entre ces niveaux. Par exemple, les individus poussent les politiques à agir et les politiques créent le contexte pour changer les comportements. On l’a vu ici au Royaume-Uni, ou l’introduction d’une taxe de 5 centimes sur les sacs en plastique a réduit leur consommation de 90 %.  

Quelles méthodes utilisez-vous pour convaincre d’autres personnes/acteurs à agir ou s’engager dans le mouvement ? 
Je pense souvent à un argument qu’un végétarien a utilisé avec moi il y a plusieurs années : il m’a dit qu’il n’y avait pas besoin d’abandonner complètement la viande pour faire une différence. Ne pas en manger plus qu’une fois par semaine, c’est déjà un progrès. C’est un message très simple, mais je pense que c’est efficace pour éviter de culpabiliser les gens et expliquer qu’il ne faut pas nécessairement faire des changements radicaux du jour au lendemain si on veut aider la planète. Et bien entendu, ça s’applique à beaucoup de domaines, au-delà de la consommation de viande !  

Quels liens avez-vous avec d’autres groupes luttant contre le changement climatique ? 
Je n’ai pas de liens avec d’autres groupes. J’ai entendu parler de Greta Thunberg et du mouvement Extinction Rebellion, mais je n’ai pas encore participé à leurs activités.  

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir ? 
Pas sur le court terme : je pense que les choses vont empirer dans les années à venir, jusqu’à ce que l’humanité ait le dos au mur et soit forcée d’agir. C’est ce qui s’est passé avec le trou dans la couche d’ozone – une fois qu’on a pu agir de manière coordonnée au niveau international, les résultats ont suivi.  

David Connolly

  • 33 ans
  • Directeur WEF community of philanthropic foundations
  • Irlandais/ Européen

À quel groupe/mouvement s’engageant dans la lutte contre le changement climatique appartenez-vous ?
 Je suis très préoccupé, mais je ne me sens réellement représenté par aucun groupe ou mouvement ; mon approche est pragmatique et certaines des positions extrêmes ne me conviennent pas. Certes, ma croyance joue un grand rôle dans ce que je ressens pour la planète. À partir d’un certain point, au-delà des faits, nos systèmes de croyance constituent la clé de ce débat. 

Quel(s) changement(s) visez-vous grâce à votre engagement dans ce mouvement ? 
Au niveau personnel, cela passe tout d’abord par une consommation durable. Au niveau économique, il s’agit d’éviter une surexploitation de nos ressources. Si l’on regarde les objectifs de développement durable (ODD), on observe trois niveaux : la planète, le social et l’économie.

Quels autres groupes ou quelles institutions devraient, à votre avis, agir à vos côtés pour parvenir à ce changement ? 
C’est au niveau personnel que les évolutions doivent avoir lieu. Nous sommes dépassés par l’ampleur du défi consistant à empêcher le changement climatique. C’est pourquoi nous restons bloqués au niveau macro, alors qu’il y a en fait de réels progrès au niveau individuel : nos décisions quotidiennes en tant que consommateurs (produits alimentaires, vêtements, moyens de transport, etc.) peuvent faire la différence. Si, tous, nous faisions ces petits pas, nous contribuerions ensemble à faire une grosse différence. 

Quelles méthodes utilisez-vous pour convaincre d’autres personnes/acteurs à agir ou s’engager dans le mouvement ?  
Je ne suis pas un bon prédicateur ; je trouve qu’il est déjà difficile de mettre en pratique ce que je prêche moi-même. C’est pourquoi il est plus simple pour moi de mettre cela en pratique en privé, plutôt que de prêcher et de me sentir alors comme un escroc. 

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir ? 
Oui, nous n’avons jamais vécu si longtemps. Nous n’avons jamais été autant formés et n’avons jamais autant pris conscience de la portée de nos décisions… Ma crainte est que les avantages que le monde industrialisé en tire a posteriori ne puissent pas se traduire, au Brésil par exemple, en actions pour lutter contre la déforestation. Je reste néanmoins optimiste : les principaux indicateurs montrent que nous allons dans la bonne direction, donc en tant qu’individus, nous devrions être bien préparés à apporter notre contribution.  
Nous devrions cesser de parler du changement climatique. Il ne devrait y avoir aucun débat sur la réalité et l’ampleur de l’influence des activités humaines sur le climat (ce qui ne peut conduire qu’à l’apparition de négateurs et de dogmatiques). Il s’agit bien davantage d’être les gardiens de notre planète et de la laisser à nos enfants telle que nous l’avons trouvée.  

Dans ce contexte, quel rôle joue ta croyance ? 
Quand tu crois en Dieu, tu crois qu’il a créé cette planète pour nous. Mais cela ne signifie pas que nous pouvons la détruire et la piller, au contraire ! L’Évangile nous invite à sortir et à peupler la Terre. Mais il ne s’agit pas des individus en tant que tels : mes actions doivent rendre la planète plus propre et la laisser dans un meilleur état que celui dans lequel je l’avais trouvée.  

Ana Mihaila

  • 21 ans
  • Etudiante
  • Roumaine

À quel groupe/mouvement s’engageant dans la lutte contre le changement climatique appartenez-vous ? 
Je suis membre de l’initiative Fridays for Future à Cluj-Napoca. 

Quel(s) changement(s) visez-vous grâce à votre engagement dans ce mouvement ?
Par nos grèves régulières, nous souhaitons renforcer la prise de conscience sur l’urgence climatique dans laquelle nous nous trouvons.  

Quels autres groupes ou quelles institutions devraient, à votre avis, agir à vos côtés pour parvenir à ce changement ?
Les grandes entreprises, qui disposent d’une certaine influence et d’une voix plus forte, pourraient contribuer au changement. Elles pourraient cesser de transformer les énergies fossiles et d’utiliser du plastique, et mettre en place un système efficace de recyclage. Tout cela manque encore en Roumanie.  

Quelles méthodes utilisez-vous pour convaincre d’autres personnes/acteurs à agir ou s’engager dans le mouvement ? 
Pour commencer, nous allons continuer nos manifestations pour attirer l’attention et faire passer notre message. J’ai par exemple convaincu de nombreuses personnes d’apporter leurs propres sacs lorsqu’elles vont faire des courses, au lieu d’acheter des sacs en plastique, et aussi d’utiliser des gobelets réutilisables, plutôt que ceux à usage unique. Ou alors je parle avec mes interlocuteurs de la forte augmentation des températures en été. 

Quels liens avez-vous avec d’autres groupes luttant contre le changement climatique ?   
La majorité de mes amis est engagée en ligne dans la lutte contre le changement climatique. Nous nous envoyons par exemple des liens sur les derniers événements ou sur les méthodes permettant d’empêcher le gaspillage inutile des ressources naturelles. Jusqu’à présent, je ne connais que l’initiative Fridays for Future, mais je voudrais bien en connaître d’autres.  

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir ? 
Je ne suis pas très optimiste en l’avenir. Je crains que dans quelques années, il devienne plus difficile de respirer, que les citoyens soient plus souvent malades, que notre système immunitaire ne puisse plus s’adapter à l’air pollué et aux évolutions majeures des conditions climatiques. Je suis désolée pour ces enfants qui vont naître dans cet environnement contaminé, qui leur rendra bientôt la vie impossible.  

 

Freya Porsch

  • 21 ans
  • Etudiante
  • Allemande

À quel groupe/mouvement s’engageant dans la lutte contre le changement climatique appartenez-vous ? 
Peer-Leader international, Fridays for Future à Cluj-Napoca, mode de vie Zéro Déchet 
 

Quel(s) changement(s) visez-vous grâce à votre engagement dans ce mouvement ? 
Lorsque je suis en Allemagne, en tant que membre de Peer-Leader international, je souhaite toucher la population locale et les responsables politiques de ma région. Nous travaillons par ailleurs à l’échelle internationale avec des partenaires en Bosnie, en Ukraine, en Israël, au Brésil et en Afrique du Sud, afin d’apprendre les uns des autres et d’adopter différentes perspectives sur des thèmes locaux et mondiaux. Ainsi, en Israël, nous avons mené un projet sur l’exil et la migration avec un autre groupe. Nous avons échangé et comparé nos idées. Finalement, nous avons interrogé des réfugiés en Israël et en Roumanie et élaboré ensemble une brochure. Pour moi, il s’agit d’améliorer la compréhension mutuelle.  Je participe aux protestations hebdomadaires Fridays for Future à Cluj, afin d’attirer l’attention des citoyens sur le réchauffement mondial et de montrer qu’il s’agit d’un thème sur lequel nous devons travailler. Je souhaiterais aussi toucher les responsables politiques. À l’échelle personnelle, j’essaie de produire le moins de déchets possible et d’économiser les ressources. Mon principal objectif constitue à utiliser uniquement des ressources qui ne sont pas nuisibles à l’environnement. 

Quels autres groupes ou quelles institutions devraient, à votre avis, agir à vos côtés pour parvenir à ce changement ? 
Les gouvernements peuvent adopter des lois pour stopper la pollution industrielle de l’air et soutenir le commerce équitable. Les entreprises doivent investir dans des énergies et technologies vertes et éviter les déchets. 

Quelles méthodes utilisez-vous pour convaincre d’autres personnes/acteurs à agir ou s’engager dans le mouvement ?  
J’utilise essentiellement la méthode du renforcement positif. Je préserve ma motivation dans la mesure où je raconte à mes interlocuteurs l’importance [de la lutte contre le changement climatique], en m’appuyant sur les informations des médias montrant que le mouvement est encore plus important ailleurs. Je sonde chaque personne et discute aussi avec chacune d’entre elle, personnellement. 
Je diffuse mes idées en discutant avec des amis, en les invitant [à s’engager également] et en postant des vidéos et photos sur les médias sociaux. Pendant les protestations, j’ai aussi lancé une nouvelle méthode par le biais d’un petit projet théâtral. 

Quang Anh Paasch

  • 18 ans
  • Etudiant
  • Allemand

À quel groupe/mouvement s’engageant dans la lutte contre le changement climatique appartenez-vous ?  
Fridays for Future Allemagne – Berlin 

Quel(s) changement(s) visez-vous grâce à votre engagement dans ce mouvement ?
Notre principale intention consiste à inciter les responsables politiques à écouter enfin le consensus scientifique. L’accord de Paris sur le climat doit être préservé. Nous ne réinventons pas la roue, mais nous faisons uniquement référence à des faits connus depuis 40 ans.  
Mais naturellement, nous souhaitons aussi l’équité climatique sur la terre. Dans l’hémisphère nord ou les pays industrialisés, nous ne pouvons pas nous reposer sur notre richesse et notre « formidable » lutte contre le changement climatique, alors que l’hémisphère sud sera le premier touché, et le plus durement, par cette crise climatique. 

Quels autres groupes ou quelles institutions devraient, à votre avis, agir à vos côtés pour parvenir à ce changement ? 
Très clairement les gouvernements du monde entier. L’accord de Paris sur le climat a été ratifié par 197 États et ne sera vraisemblablement pas respecté par tous, ce qui constitue un aveu d’impuissance pour tous les États qui veulent être pris au sérieux.  
Nous devons aussi faire avancer le secteur économique, nous ne pouvons pas attendre que l’État adopte des lois et des règles.  

Quelles méthodes utilisez-vous pour convaincre d’autres personnes/acteurs à agir ou s’engager dans le mouvement ?  
La communication et l’éducation constituent les clés de la prise de conscience de la crise climatique. Ce n’est que quand la majorité de la population comprendra que nous sommes en situation de crise que les citoyens remettront en cause leurs modes de vie et agiront. 

Quels liens avez-vous avec d’autres groupes luttant contre le changement climatique ?   
On ne lutte pas seul contre le dérèglement climatique. Nous sommes tous dans le même bateau. Certes, cela touchera plus longtemps ma jeunesse, mais la génération de mes parents sera aussi concernée. Le mouvement Extinction Rebellion, en faveur de la lutte contre le changement climatique, et les ONG les plus diverses, comme Greenpeace, agissent ensemble et avec nous avec un même objectif, garantir un futur dans lequel nous pourrons vivre sans hésitation comme les générations précédentes.  

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir ? 
Optimiste, pour empêcher le pire. La lutte contre cette crise climatique constitue notre principal défi en tant qu’êtres humains. Mais je crois fermement que nous parviendrons à résoudre cette crise. Nous devons néanmoins rester réalistes : si l’accord de Paris est maintenu et que des mesures adaptées sont prises, la Terre et le système climatique ne seront pas sauvés pour autant. Toutes les catastrophes climatiques que nous avons connues cette année et les années précédentes deviendront la normalité.

Edwin Vaca

  • 29 ans
  • Spécialiste économie énergétique
  • Britannique/ Equatorien

À quel groupe/mouvement s’engageant dans la lutte contre le changement climatique appartenez-vous ?  
Extinction Rebellion (XR), avant dans le domaine de l’environnement chez « Conservation International » [employeur précédent d’Edwin]. 

Quel(s) changement(s) visez-vous grâce à votre engagement dans ce mouvement ?
Susciter la prise de conscience, diffuser le message. XR offre à cet égard la structure adéquate. J’ai besoin d’un point de départ bien défini, de projets concis pour voir comment les choses évoluent.  

Quels autres groupes ou quelles institutions devraient, à votre avis, agir à vos côtés pour parvenir à ce changement ? 
Les députés locaux constituent la cible principale ; de petites évolutions peuvent essaimer à l’intérieur de leur propre collectivité. Les autorités locales peuvent engager sur place des changements concrets. Il est beaucoup plus difficile de pousser le gouvernement à bouger. Mes parents habitent à proximité de Wimbledon et sont engagés dans un projet communautaire qui met des semences et des plantes à la disposition des jardins de la collectivité. Ce projet avait fini par être soutenu aussi par le député local, pour renforcer l’attention portée à l’initiative et sa légitimité. Cela a notamment conduit à renforcer le recyclage. Un élan avait ainsi pu être créé au niveau de la collectivité. 

Quelles méthodes utilisez-vous pour convaincre d’autres personnes/acteurs à agir ou s’engager dans le mouvement ?  
Nous travaillons avec les petites collectivités, faisons des présentations et des ateliers dans les écoles. Nos méthodes de transmission de notre message passent essentiellement par le jeu et à la fin, nous mettons notre matériel à la disposition des participants, comme nos posters, par exemple. Au lieu d’arriver avec des positions extrêmes et de vouloir amener les citoyens, à DEVOIR faire quelque chose, nous travaillons en adoptant une approche accessible à tous, qui est censée encourager notre public cible à agir, mais sans pour autant leur demander de changer radicalement son mode de vie. Dans le cas idéal, il en découle ensuite un effet multiplicateur. 

Quels liens avez-vous avec d’autres groupes luttant contre le changement climatique ? 
Je suis aussi connecté à d’autres initiatives, comme le WWF ou Rainforest Alliance. En Grande-Bretagne, il y a peu d’informations sur ces initiatives, par rapport à l’Équateur ou le Costa-Rica où j’ai vécu quelques années. Avec XR, cela change néanmoins doucement. Mais la Grande-Bretagne est toujours à la traîne.  

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir ? 
Étant une personne optimiste, je veux le rester. Mais le réaliste en moi dit qu’en l’absence de tout changement politique radical, [une catastrophe est inévitable]. Nous avons connu il y a quelques jours la journée historique la plus chaude en Grande-Bretagne. Je ne veux pas connaître ce jour où ces températures seront normales en été et où nous habiterons des logements refroidis de manière artificielle. Je suis optimiste à l’égard des pays qui seront les premiers touchés par les conséquences du changement climatique, en raison par exemple d’une augmentation du niveau de la mer ou des [incendies des] forêts tropicales. La Grande-Bretagne ne comptera toutefois pas parmi ces pays et donc ne réagira probablement pas.